Pour en finir avec Notre-Dame de Paris


Alors même que les cendres de la Notre-Dame de Paris étaient encore en chaudes, on a pu lire tout et n’importe quoi concernant le bien fondé et les conséquences d’une possible reconstruction de la structure en bois. Ce foisonnement d’opinions – témoignage de l’affection et de l’émotion collective qu’a provoqué l’incendie – issu d’anonymes, mais également de personnalités publiques voire même de scientifiques a donné lieu à d’innombrables idées reçues, parfois totalement erronées, menant la vie dure à la forêt Française. Voici ma réponse à quelques morceaux choisis, en guise de volée de bois vert :

 

« Mais bien sûr ! continuons de déforester ! »

 

Attention à l’amalgame ! Il ne s’agit en aucun cas de déforestation ! Rien ne nous dit que les 1300 chênes dont il est question seront prélevés au même endroit (c’est d’ailleurs invraisemblable). Il est encore plus invraisemblable que ces chênes soient remplacés par un champ. Car c’est ça la déforestation : on coupe une parcelle pour en faire un champ. Si l’on en juge par rapport à la surface forestière française actuelle (31 % du territoire) il s’agit juste ici de prélever un pourcentage très faible d’arbres. Cette surface forestière progresse même de 0,7 % par an et ce depuis 1980. D’ailleurs, on estime que depuis 1850, il n’y a jamais eu autant de forêt en France qu’à l’heure actuelle !

 

« Ça a tristement brûlé et l’on va reconstruire avec notre écosystème… ? »

 

Un débat fait rage dans les sous-bois, celui de l’exportation du Chêne une fois coupé dans les scieries étrangères et principalement Chinoises. Nous avons ici un chantier d’envergure qui se prépare et qui ne peut être fait qu’en chêne français ! C’est une occasion rêvée que d’utiliser des chênes français pour un chantier français #MadeInFrance. Mais, vous préférez peut-être que des chênes issus de nos forêts finissent en parquet à Pékin ...? Pas moi.

 

 

« Il faudra au moins 1300 chênes centenaires pour reconstruire cette charpente »

 

Bien sûr, la construction de la nouvelle charpente va requérir un certain nombre de m² de bois. Il s’agira d’ailleurs sans doute du plus important chantier forestier en France depuis le siècle dernier. Mais il ne s’agira en aucun cas de prélever des chênes centenaires dans les forêts Françaises. Les très nombreuses analyses de la charpente de Notre-Dame effectuées ces 20 dernières années ont montré que le bois utilisé par les charpentiers de l’époque consistait en un assemblage très méticuleux de pièces de bois d’un diamètre inférieur ou égal à 60 cm. La majeure partie des pièces de bois montrent d’ailleurs des traces équarrissage à la doloire (sorte de hache) et non d’un façonnage à la scie, qui se développe principalement après le XIVe siècle. De fait, au XIIIe siècle, on ne sait pas scier et, plus généralement, on ne sait pas scier des gros bois. On se concentre ainsi sur des arbres de petits diamètres, qui semble-t-il ne présentent aucune caractéristique esthétique.

 

« Mais il faudra attendre au moins 5 ans pour que le bois sèche ! »

 

FAUX ! Voilà un préjugé qui à la vie dure ! Les charpentes médiévales sont taillées dans des arbres fraîchement coupés. N’oublions pas qu’à l’époque on ne dispose que de ses deux bras. Plus un arbre vieillit plus ses fibres se resserrent, rendant bien difficile l’équarrissage et le façonnage du bois. Utiliser un bois vert, permet également de profiter de sa souplesse. Evidemment, la structure va bouger, mais le temps de séchage, venu une fois que la charpente est posée, va venir renforcer et consolider l’ensemble. Les charpentiers anticipent d’ailleurs la déformation ou le fléchissement de certaines pièces de bois, grâce à des renforts qui accompagnent les mouvements futurs des poutres.

 

« La charpente de Notre-Dame de Paris n’est pas reconstructible, les arbres qui la composaient provenaient de la forêt primaire. »

 

Voilà, une phrase qui montre que ce n’est pas parce-que l’on est vice-président de la Fondation du Patrimoine que l’on ne dit pas n’importe quoi. La forêt primaire est un mythe, y compris en Amazonie où des archéologues et archéobotanistes ont montré que le peuplement forestier actuel avait été l’objet d’une sélection anthropique. Les sols ont d’ailleurs montré des signes important de mise en culture, donnant même le nom à un type de terre perturbé par l’homme : “la terra preta”. Pour ce qui est d’une potentielle forêt primaire sur le sol Français... elle avait déjà disparu depuis bien longtemps à l’époque de la construction de Notre-Dame ! Comment expliquer que le Moyen-Âge fut la civilisation du bois si les hommes de l’époque ne se rendaient pas en forêt ? Les premières traces de défrichements ont lieu dès le Néolithique, se poursuivent à l’âge du Bronze et du fer et reprennent de plus belle à partir du Haut Moyen-Âge. La forêt primaire était sans doute bien loin du bassin Parisien à cette époque, donc NON, les poutres qui constituaient la fameuse charpente ne provenaient en aucun cas d’une forêt primaire.

 

« Le fait que la gestion des forêts Françaises soit relativement récente exclue quasiment la France en tant que fournisseur »

 

 

Si le premier code forestier moderne voit le jour en 1827, la forêt Française est gérée, exploitée, aménagée depuis plus de 800 ans à l’initiative des Roi Philippe Auguste et Philippe le Bel. Et même avant cela, on exploitait déjà les forêts… l’aménagement et la planification en moins. C’est d’ailleurs en forêt que l’on va trouver la première ébauche d’un aménagement durable de l’environnement avec l’ordonnance de Brunoy, à l’initiative de Phillipe VI de Valois en 1349, dans lequel est confié aux l’administration en charge des forêts de visiter « toutes les forez et bois […] en regard de ce que lesdites forez se puissent perpétuellement soustenir en bon estat ». Donc oui, on peut bel et bien trouver actuellement des arbres calibrés par l’homme, en mesure de fournir le bois nécessaire pour une charpente de cent mètres de long.

Façonnage à l'ancienne d'une bille de chêne lors de la réalisation d'une réplique d'une section de charpente de Notre-Dame de Paris par l'association des charpentiers sans frontières, en Septembre 2020 au château du Mesnil Geoffroy (Seine-Maritime)
Façonnage à l'ancienne d'une bille de chêne lors de la réalisation d'une réplique d'une section de charpente de Notre-Dame de Paris par l'association des charpentiers sans frontières, en Septembre 2020 au château du Mesnil Geoffroy (Seine-Maritime)

« C’est carrément nul de dépecer la forêt !! Quelle idée anti-écologique ! »

 

Anti-écologique vous dites ?! Il n’y a rien de plus durable que le bois pourtant ! La preuve, la charpente de Notre-Dame a tenu plus de 800 ans… Autant utiliser une ressource locale issue de forêts gérées durablement que des arbres venus d’ailleurs ! On risque de reproduire un schéma très français (et donc très contradictoire) qui veut que l’on recherche de plus en plus des meubles en bois, mais dans le même temps on refuse de couper un arbre dans les forêts Françaises… Autant mobiliser la ressource locale, on évitera ainsi les émissions de gaz à effet de serre causées par le transport des grumes !

 

« Abattre autant d’arbres pour ça ! quelle honte cette humanité ! »

 

En disant cela, nos ancêtres nous auraient laissé que peu de traces de leurs savoir-faire et notre patrimoine national n’aurait pas la renommée qu’il a aujourd’hui. Oui, reconstruire une charpente aussi grande nécessite de prélever autant d’arbres. Mais ce n’est pas la matière première qui manque ! N’oublions pas que si l’on retire un arbre, d’autres repousserons à sa place ! Une forêt qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse !

 

 

Bref vous aurez compris, il est tout à fait possible de reconstruire cette charpente, et de la reconstruire #MadeInFrance. Il existe 1300 forêts domaniales en France, le prélèvement de 1300 chênes ne va pas remettre en question la durabilité de celles-ci.


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© Nicolas Blanchard

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