Du tourisme en Forêt domaniale d'Écouves


À la recherche d'un compromis

Publié le 18.07.2022


Vous connaissez mon attachement au massif forestier d’Écouves. D’ailleurs, comme tout natif du pays, nous partageons à peu de chose près la même histoire. Notre expérience de ce massif, depuis notre enfance a cimenté notre attachement à ce lieu si unique qu’est la forêt d’Écouves. Alors inévitablement, nous avons été nombreux à nous émouvoir qu’un projet touristique monumental était dans les cartons au signal d’Écouves. En tant qu’universitaire, auteur d’un mémoire en valorisation du patrimoine naturel et culturel consacré à la forêt d’Écouves et actuellement doctorant en géographie, avec pour objet d’étude, l’histoire environnementale de cette même forêt, je crois avoir quelque chose à dire de ce projet. 

Contexte

Le 29 mai 2019, était publié pour la première fois dans l’Orne Hebdo, le projet du Parc Naturel Régional (PNR) Normandie-Maine : Aménager un belvédère de 30 mètres de haut afin de matérialiser le signal d’Écouves, point le plus haut de la Normandie, culminant à 414 m d'altitude. Ce projet, s’inscrit dans le cadre d’une mise en tourisme du territoire, en lien avec la candidature du PNR, de Géoparc, attribué par l’UNESCO.

 

Ce projet, qui s’est étoffé depuis cette première annonce doit comprendre une passerelle suspendue, cheminant à travers les cimes, un mur d’escalade, tobogans, sentiers découvertes, une salle de 40m² ainsi qu’un parking de 6.500 m², le tout pour 4.500.000 €. Ce projet a été présenté pour la première fois au public le 22 juin 2022, soit trois ans après la première annonce par voie de presse, dans la salle communale de l’Orée-d’Écouves, où doit s’implanter le projet. Problème, sur les 70 personnes présentes dans la salle, peu ont été convaincues par cette présentation, ponctuée par de nombreuses interrogations de la salle, soulevant des problématiques parfois très pointues.

 

Cette réunion, qui a duré trois longues heures, a mis en évidence des points de crispations, révélant par la même occasion les faiblesses du projet. Pourtant, l’une des clés de réussite d’un projet de territoire, si l’on veut créer un enthousiasme collectif et qu’il soit porté par l’ensemble d’une communauté, c’est d’inclure les plus concernés, dès l’émergence du projet à savoir : les habitants et les personnes ressources. Autant dire que quatre ans après l’ébauche du projet en interne, les usagers ont eu le sentiment d’une privation future de la quiétude et de l’unicité des lieux, sans leur aval. Ainsi, avant de proposer plusieurs alternatives, il nous faut identifier les faiblesses du projet et du site d'implantation de ce dernier. 

Identifications des faiblesses du projet

Étant donné que la démarche s’inscrit dans la labellisation Géoparc, le projet se doit de se raccrocher à la thématique de la géologie. Or, premier point faible soulevé dans l'assistance « il n'y a pas un cailloux au signal ». En effet, mis à part une carrière (il y en a 65 autres en Écouves), l’ancrage géologique n’est pas évident, d’autant qu’aucun pierrier, éboulis, ou pan de roches, qui constituent des caractéristiques du massif, n’est visible au signal d'Écouves. L’un des autres objectifs clés de ce projet est de révéler le caractère montagnard du site. Or, les vues réalisées par drones à 35 m d'altitude (hauteur du belvédère ndlr) montrent un horizon sans relief à l'aspect monotone. Difficile alors de susciter l’effet « wahou » escompté.  

Par ailleurs, l'un des points soulignés par de nombreux locaux, est que deux belvédères sont déjà existants sur le territoire du Parc : en Forêt de Perseigne (Sarthe) et en Forêt de Multonne (Mayenne), tous les deux situés à moins de 20 km de la forêt d'Écouves. Apparaissent alors des questions essentielles, soulevées mercredi 22 juin 2022 : « faut-il que chaque forêt ait son belvédère ? », « Vient on en forêt pour regarder au delà ? ». Sans doute faut-il également remettre le site d'implantation dans son contexte. Actuellement, le Signal d'Écouves est peu fréquenté, contrairement aux versants sud du massif. L'implantation d'un pôle touristique accueillant 60.000 personnes par an reste discutable à cet endroit, dans la mesure où avant d'être un espace récréatif de choix, la forêt est un écosystème où la faune, la flore et la fonge s'exalte bien souvent loin des Hommes.

Document promotionnel, Parc Normandie-Maine, 2022
Document promotionnel, Parc Normandie-Maine, 2022

De même, la nouvelle charte du parc, stipule (p.21) que « l’objectif du « zéro artificialisation nette » représente un véritable défi pour le parc ». Ce dernier s’est d’ailleurs engagé (p.160) à « accompagner les collectivités dans l’objectif de zéro artificialisation nette ». Pourtant, le projet du Signal d'Écouves prévoit l’aménagement d’un parking de 6500 m² en pleine forêt. Certes la zone actuelle est aujourd’hui dépourvue d’arbres en raison d’une coupe réalisée il y a quelques années (voir images ci-dessus), mais la coupe, même à blanc, ne remet pas en cause la destination forestière du sol, un parking, même non bitumé, si. Juridiquement il s’agit d’un défrichement, qui sera dans les faits, l’un des plus importants jamais réalisés en forêt domaniale d’Écouves depuis le XIXe siècle. 

 

Publication du Parc National des Forêts "Les forêts anciennes : un patrimoine naturel et historique à préserver", 2017
Publication du Parc National des Forêts "Les forêts anciennes : un patrimoine naturel et historique à préserver", 2017

Cette artificialisation est d’autant plus problématique que la forêt d’Écouves est une forêt ancienne. C’est-à-dire que l’écosystème forestier est en place depuis plus de 1820, date du minimum forestier en France (Cinotti B., 1996 ; Koenner W., 2000). Les travaux de recherches, menées dans le cadre de ma thèse, en collaborations avec le Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences et Histoire (Rennes I) et du Centre d’Etude Nordique (Laval, Québec), on permis de reculer l'ancienneté de la forêt d'Écouves au Néolithique (Blanchard N., et al., à paraître). Or, il est aujourd’hui reconnu par de nombreux travaux de recherches, que plus les écosystèmes sont anciens, plus ils sont riches et plus leur intérêt patrimonial est conséquent (Rossi M., et al., 2013 ;). Dans un contexte d’érosion de la biodiversité, il semble assez étonnant qu’un projet de la sorte émane d’une maison aussi sérieuse qu’un parc naturel régional. À ce titre, il faut noter l'existence d'un rapport élaboré par l'association des parcs naturels régionaux du massif central, qui appuie sur le fait qu'il faut observer les forêts anciennes comme de véritables réservoirs de biodiversités et qu'il faut par conséquent préserver ce patrimoine naturel et culturel (Ipamac 2016a ; 2016b). 

Nicolas Van Ingen, "Forêts anciennes, cathédrales des Monts d’Ardèche", Parc Naturel Régional des Monts d'Ardèche.

Ce film explique parfaitement l'intérêt patrimoniale des forêts anciennes.

Ainsi, sans animosité aucune, en m'appuyant sur des études ô combien nombreuses et des documents officiels élaborés par des Parcs Naturels Régionaux extérieurs, soit le projet du signal d'Écouves n’est pas le bon, soit le site ne convient pas aux besoins d'une telle entreprise. Sans doute trop enthousiasmé par le projet proposé par le cabinet de conseil Atemia, il semble que les promoteurs du projet ont commis trois erreurs. La première étant de n'avoir pas pris en compte les connaissances et les travaux scientifiques sur les forêts anciennes, qui invalident de facto le projet. La deuxième, de ne pas avoir consulté les personnes ressources avant l'élaboration du projet. À titre d'exemple, mon mémoire dédié à un projet de mise en tourisme de la forêt d'Écouves, basé sur des cas d'études en Ile-de-France et aux États-Unis, n'a par exemple, pas été consulté. Enfin, de ne pas avoir proposé de plan B, C, ou D dans le cas d'une opposition frontale au plan A. De fait, s'il m’avait été donné l’opportunité de proposer des projets bis avant la validation de ce projet, voilà les alternatives que j’aurai proposé.

Plan B

Dans cette première proposition, partons du principe que l'ensemble des infrastructures du projet soit indispensable. Que pour susciter l'intérêt des financeurs, il faille voir en grand, à coup de belvédère, de sentier suspendu, d'un bâtiment d'accueil magnifié par « un geste architectural ». Néanmoins, dans cette proposition,  il ne s'agit plus de valoriser le point culminant de la Normandie, mais le plus grand ensemble forestier de la Normandie (15.000 ha d'un seul tenant), voire ce qui s'apparente à l'une des plus vieilles forêts de France : la forêt d'Écouves. Cette déclinaison, semble offrir des perspectives plus larges, notamment dans l'implantation du site, tout en gardant bien à l'esprit que l'objectif recherché dans notre cas est de limiter au maximum l'artificialisation de ce milieu naturel, en applications des recommandations scientifiques internationales. Un site offre cette opportunité : l'ancien champ de tir de Radon. 

Nicolas Blanchard, vue de drone à 35 m de haut, depuis le champ de tir de Radon
Nicolas Blanchard, vue de drone à 35 m de haut, depuis le champ de tir de Radon

Ce site propose un potentiel en terme d'aménagements pour plusieurs raisons. Premièrement, le site est à l'état de friche et ne répond à aucun objectif sylvicole. Par ailleurs, un parking est déjà existant et peut être élargi à plusieurs endroits. L'impact d'un pôle touristique d'intérêt régional resterait alors limité, d'autant qu'il permettrait la requalification du site, sans risquer d'artificialiser un écosystème en place depuis plus de 5000 ans : première crispation éliminée. Deuxièmement, le caractère géologique est assuré par une ancienne carrière de grès d'une superficie de 1,5 ha, présentant l'une des plus beaux pans de roches de la forêt d'Écouves, d'environ 30 mètres de haut. Instinctivement, l'effet «wahou » est suscité de lui-même. Fait insolite, un chariot en fer, lié à l'exploitation du site est encore présent, ainsi que plusieurs plots en bétons, matérialisant l'ancrage de plusieurs bâtiments d'exploitation.

Nicolas Blanchard, Carrière de grès proche du champ de tir de  Radon
Nicolas Blanchard, Carrière de grès proche du champ de tir de Radon
Nicolas Blanchard, ancienne ciblerie située au sud du champ de tir
Nicolas Blanchard, ancienne ciblerie située au sud du champ de tir

Le Belvédère, peut s'insérer dans le haut du champ de tir, qui, culminant à 35 m, permettra d'observer, à 270m d'altitude, les ondulations de l'horizon, des frondaisons d'Écouves, jusqu'aux collines de Perseigne. Point fort, le site comprend plusieurs éléments liés à l'histoire locale.

 

La première, la stèle en hommage à Michel Coupry (1921-1940), première victime du nazisme dans l'Orne, permettant de rattacher cet élément identitaire fort, que sont la résistance, le maquis de Tanville et la libération d'Alençon, auxquels les locaux sont très attachés. Plus bas, l'ancienne ciblerie, un petit bâtiment en brique des années 1870 de 35m², pourrait servir d'élément de base à un bâtiment plus grand,  servant d'espace de médiation, avec cartes en reliefs animées, documents d'archives, expositions temporaires et offrant au public la compréhension d'une forêt ancienne.

 

Le site du champ de tir propose une facilité d'aménagement non négligeable, grâce à sa proximité avec le bourg de Radon. Permettant au site d'être raccordé au réseau électrique et eau de la CUA. Par ailleurs, l'implantation de nombreux commerçant dans le bourg : boucherie, boulangerie, pharmacie, bureau de presse (inexistant à Tanville et l'Orée d'Écouves), offrira des retombées économiques concrètes. Enfin, la proximité de l'étang de Radon est une assurance clé dans la prévention du risque incendie. 

Au-delà, il est tout à fait possible de transposer les différents cheminements avec le belvédère comme point d'ancrage. Une déambulation en lacets achemine le visiteur du parking jusqu'au belvédère et celui-ci les redistribue vers un sentier pédestre de découverte de l'histoire de la forêt. Ce dernier propose autant, voir plus qu'au Signal d'Écouves, dans la mesure où les découvertes archéologiques récentes, ont mis en évidence un ancien parc à gibier, à rapprocher de l'époque des Ducs d'Alençon (Blanchard N., article à paraître). Dans la direction opposée, on trouve à quelques encablures, un élément atypique du début du XXe siècle : des tranchées d'entrainement de la première guerre mondiale, élément rarissime dans l'ouest de la France : de quoi ravir à la fois les amoureux d'histoire et de nature. 

Enfin, la fameuse passerelle suspendue pourrait, si tant est qu'elle soit indispensable, relier le belvédère à la paroi rocheuse, distante d'environ 200 mètres à vol d'oiseau. Ce projet peut également se décliner dans la carrière de Fontaineriant entre la commune du Bouillon et Sées et dont la fermeture est envisagée en 2023, avec une problématique supplémentaire puisqu'il s'agit d'un site privé. Néanmoins dans les deux cas, l'impact sur la faune et la flore serait limité, étant donné qu'une activité anthropique passée a déjà modifié les lieux. 

Plan C

Carnuta, maison de l'Homme et de la Forêt à Jupilles, Sarthe.
Carnuta, maison de l'Homme et de la Forêt à Jupilles, Sarthe.

Imaginons maintenant que cette notion de belvédère et de passerelle surélevée soit reléguée au second plan, que le projet cherche à valoriser un patrimoine forestier et initier le public à la nature, tout en créant un pôle identifié et reconnu comme un essentiel du tourisme et de la vie locale. 

 

Ce second projet s'inscrit cette fois-ci non pas en Forêt d'Écouves, mais en lisière de forêt à proximité de plusieurs axes de communications, permettant par la même occasion, un raccordement au réseau eau/électricité. Il semble pertinent que ce projet s'intègre sur l'une des communes situées sur le front Est ou Sud du massif, en raison d'une fréquentation déjà importante de la forêt dans cette zone qui s'étend du Bouillon à la Roche-Mabile (objectif : limiter l'impact sur la faune sauvage).

 

Le but de ce projet est d'offrir une porte d'entrée en forêt d'Écouves, dans un contexte où le « besoin de verdure » s’est fait largement ressentir suite aux différents confinements et d'émergence d'un nouveau public en quête de nature. Ce projet, tient pour beaucoup à une « Maison de la Forêt ». Le besoin de ce type de structure, se fait de plus en plus ressentir chez bien des professionnels de la forêt, dans la mesure où ce contexte de retour à la forêt, s'accompagne bien souvent "d'une méconnaissance de l'univers sylvicole" (Corvol A., 1987), menant à des situations parfois conflictuelles et délétères comme on a pu voir ces derniers mois en France

 

Concrètement, une "maison de la forêt et du bois" peut prendre plusieurs formes, celle d'un écomusée, celle d'un espace de médiation, où plus largement d'un lieu de rencontre entre locaux, exploitants et touristes afin d'échanger sur la forêt. En définitive, il s'agit d'un lieu d'échange autour de la forêt, proposant des activités de découvertes pour tout public et organisé autour d'un agenda culturel fourni et renouvelé afin de susciter les retours des visiteurs chaque année. Celle ci pourrait être dédiée aux forêts anciennes, avec en prime une exclusivité nationale sur le sujet.

Nicolas Blanchard, animation scolaire sur un sentier pédagogique de l'Écomusée du Bois et de la Forêt de Thônes, Haute-Savoie. Le site accueille 20 000 visiteurs par an et finance 3 CDD et un emploi saisonnier
Nicolas Blanchard, animation scolaire sur un sentier pédagogique de l'Écomusée du Bois et de la Forêt de Thônes, Haute-Savoie. Le site accueille 20 000 visiteurs par an et finance 3 CDD et un emploi saisonnier

Les plus proches structures de ce type sont situées à 1h d'Alençon, comme à Senonches (Eure-et-Loir), Bayeux (Calvados) et Jupilles (Sarthe), ou plus loin, à Rouen (Seine-Maritime). Or, le département de l'Orne, fort de ses 17% de couverture forestière ne dispose pas de ce type de structure et aucune actuelle n'évoque la question des forêts anciennes. D'autant qu'un "geste architectural" est également envisageable dans le cadre de la construction d'un nouveau bâti et rentre complètement dans l'objectif de création d'une image de marque. 

 

Cette structure aurait également vocation à orienter les touristes vers des sentiers de randonnées. Un point d'observation peut être aménagé sur les toits du bâtiment, duquel une tyrolienne peut tout à fait être aménagée, si l'on veut joindre le ludique à l'éducatif. Cet ensemble peut également s'articuler autour d'un vaste arboretum, présentant les essences présentes en Écouves comme les types de gestions (futaie, taillis, têtards...) et les essences futures, dans une réflexion autour du dérèglement climatique. Mais là encore, peu d'impact sur la faune et la flore en présence.

Plan D

Nicolas Blanchard, Rochers du Vignage en Hiver
Nicolas Blanchard, Rochers du Vignage en Hiver

On peut également prendre le pari du sauvage, communiquer sur l'authenticité d'un territoire préservé de l'artificialisation. Ces deux éléments que sont le sauvage et l'authenticité sont aujourd'hui très sollicité par une clientèle qui ne veut plus voir ce qu'elle a déjà vu ailleurs. On peut avec une enveloppe de 4.500.000 euros (celle du projet initial), développer un formidable plan de rénovation des structures existantes comme l'est le parcours santé, premier parcours santé forestier de France qui plus est (!), aménagé en 1974. Rénover la signalétique de la forêt d'Écouves, faire réapparaître la toponymie disparue que sont le "Mont au Coq", "La Vente aux Cordeliers", "Les champs de Poitou". Mettre en valeur des sites inconnus du grand public, comme la chapelle Sainte-Catherine, les lavoirs de la Lande de Goult et de Livaie, la fontaine des Bordeaux, réaménager les parkings, les routes forestières pour beaucoup dégradées. Restaurer des maisons forestières, comme celle du Bois-Mallet et en faire des gîtes d'étapes, renouveler les circuits de randonnées, développer des itinéraires bis, des randonnées de Pays aux couleurs jaunes et rouges,  bref animer le territoire tout en valorisant les connaissances issues des dernières découvertes réalisées sur la forêt d'Écouves. 

Faux départs

En 1968, les premiers promoteurs du PNR Normandie-Maine prévoyaient la réalisation de projets dévastateurs et largement insensés. On peut à ce propos, citer le projet de transformer les 200 hectares du marais de Briouze en lac, en vu de l'aménagement d'une base nautique, comme au Bouillon, où l'aménagement d'une vaste pièce d'eau était en réflexion (Le Monde, 1968). Si l'anecdote peut faire sourire, d'autant que rien ne prédestinait le Parc Normandie-Maine à devenir un haut lieu de la planche à voile ou du jet ski, nous serions aujourd'hui privé d'un espace naturel sensible extraordinaire qu'est le Marais de Briouze et de l'un des plus beaux villages d'Écouves. Concernant le Signal d'Ecouves, sans doute aurait-il fallut passer en premier lieu par les forces vives du territoire, dans la mesure où celles-ci bénéficient d'une expertise de terrain comme nul autre professionnel de la mise en tourisme. Il n'est jamais trop tard pour le faire. 

 

Enfin, avant de terminer, je tiens à souligner le rôle du Parc naturel régional Normandie-Maine qui depuis 50 ans assure un travail de connaissance, d’études et de protection du patrimoine naturel sur le territoire, grâce à une équipe dont je connais le sérieux, les compétences et l’intégrité. Pour l’heure, le projet présenté a peu convaincu les locaux. Il semble judicieux de revoir la copie afin d'éviter que l’effet « wahou » souhaité ne se transforme en effet « tâche », effet qui pourrait se retourner contre le parc et altérer de façon durable l’une des forêts les plus remarquable de l’Ouest de la France. Pour éviter cela, il faut envisager toutes les pistes sérieuses qui permettront de valoriser cette forêt dans le respect de cet écosystème fragile, en appliquant les préconisations des scientifiques. C'est à mon sens, le meilleur moyen de parvenir à un projet porté par l'ensemble de la population et au-delà, de faire de la forêt d'Écouves, une forêt d'Exception.

 

Nicolas Blanchard

Doctorant en géographie, Université de Rouen-Normandie

Dirigeant de l'Atelier du Patrimoine

Conseils en valorisation du patrimoine & création de visites

Bibliographie :

Blanchard Nicolas, Mouralis Damase [dir.], Les espaces forestiers comme espaces culturels, valoriser une œuvre artistique en contexte forestier, Mémoire de Master, Université de Rouen-Normandie, 2018

 

Blanchard Nicolas, Leroyer Chantal, Aoustain David, Glais Arthur, Mouralis Damase, Todisco Dominique, Les trajectoires paysagères du massif forestier d’Écouves (Normandie, Orne) du Subboréal à nos jours, entre dynamiques naturelles et anthropiques, (à paraître). 

 

Blanchard Nicolas, Mouralis Damase, Todisco Dominique, Milieux forestiers et usages des sous-bois sous l’ancien régime : essai de reconstitution des paysages forestiers, (à Paraître)

 

Blanchard Nicolas, Mouralis Damase, Todisco Dominique,  Géohistoire du massif forestier d’Écouves (Orne, Normandie)  », Projets de paysage [En ligne], 22 | 2020, mis en ligne le 21 juillet 2020, consulté le 24 juin 2022. URL : http://journals.openedition.org/paysage/8113 ; DOI : https://doi.org/10.4000/paysage.8113

 

Cinnoti B., Évolution des surfaces boisées en France : proposition de reconstitution depuis le début du XIXème siècle, 1996, Revue forestière française vol. XLVIII, n°6, pp. 547-562

 

Corvol-Dessert Andrée, L'homme aux bois, histoire des relations de l'homme et de la forêt, XVIIe-XXe siècle, Fayard, 1987

 

Foubert Jean-Marie, Orne. Une tour de 30 m prévue au Signal d'Ecouves, l'Orne Hebdo, [consulté en ligne le 24/06/22], 2019

 

France-Bois-Forêt, Agression des travailleurs en forêt, les forestiers franciliens sont très touchés, France-Bois-Forêt, [consulté en ligne le 24/06/22], 2022

 

IPAMAC, Les forêts anciennes des Parcs naturels du Massif central étude cartographique et approche historique, rapport technique inter parc,  IPAMAC, 2016a

 

IPAMAC, Les forêts anciennes du Parc naturel régional du Haut-Languedoc étude cartographique et approche historique synthèse des résultats, IPAMAC, 2016

 

Koener W., Cinotti B., Jussy J-H., Benoit M., Influence des surfaces boisées en France depuis le début du XIXème : Identification et localisation des boisements des territoires agricoles abandonnés. 2000, Revue forestière française, vol.LII, n°3, pp. 249-269 

 

M.V., NORMANDIE-MAINE : haras et château d'O, Le Monde, [consulté en ligne le 24/06/22], 1968

 

PNR Normandie-Maine, Rapport de Charte 2024-2039, PNR N.-M., [consulté en ligne le 24/06/22], 2021

 

Rossi M., Bardin, P., Cateau E., Vallauri D., Forêts anciennes de Méditerranée et montagnes limitrophes. Références pour la naturalité régionale, WWF France, Marseille 2013

Commentaires: 4
  • #4

    Georges PENELON (mercredi, 03 août 2022 15:39)

    Merci à Nicolas pour cette belle argumentation qui rejoint et complète ce que nombre d'entre nous a rélevé comme indohérence dans ce projet... pour moi j'avais aussi argumenté à ma façon avec ce qui suit .....A la lecture du projet de valorisation (!) du signal d'Ecouves, j'ai trouvé quelques informations qui me laisse perplexe, moi qui suis un amoureux de la nature, défenseur de bio diversité et des sites naturels sauvages.
    En page 18 du document de présentation je m'aperçois que la réalisation du patelage en hauteur nécessite pour atteindre ses objectifs d'effet « wahou » d'attenter à la bio diversité du site proche et lointain avec le dégagement de la vue sur « pierre chien » par étêtage des arbres ( ligne rouge pointillée sur la photo), par destruction des repousses naturelles de pins dans la carrière de grès rouge, par restauration artificielle d'une lande qui actuellement n'existe plus, et par le dégagement des végétaux qui « encombrent » le front de taille... tout ça pour que les visiteurs puissent voir loin, quoi ? y'a rien à voir ! (photo page 16) et aussi voir « comment c'était avant » avant quoi ?
    Ca me rappelle beaucoup une des planches d'un album d'Astérix dans « Le Domaine des dieux » où pour justifier de la destruction de la forêt abritant les irréductibles gaulois, le promoteur, je sais plus si c'est César ou pas, déclare : « nous détruirons la forêt pour faire un parc naturel » cocasse non ?
    Et comme le disait Goscinny lui même : « Jules César n’en démord pas : il faut mettre au pas les Irréductibles Gaulois ! Et puisque ces guerriers impénitents refusent d’adhérer à la civilisation romaine, elle s’imposera à eux, de gré ou de force. »

  • #3

    SOREL Dany et Sally (samedi, 30 juillet 2022 21:16)

    Monsieur Blanchard,
    Un énorme et sincère MERCI pour ce résumé complet et clair d'une situation complexe. Vos différentes propositions apporte un vrai "plus". On découvre que surprise surprise! Il existe des options, on n'est pas obligé de " Take it or leave it", n'en déplaise aux promoteurs.

  • #2

    Véronique chevron (samedi, 23 juillet 2022 19:10)

    Merci pour cette analyse, bien documentée
    Je vous soutien dans votre démarche et m'oppose fortement à ce projet qui n'a aucun sens.

  • #1

    Thierry Churin (mardi, 19 juillet 2022 01:24)

    Je suis en accord avec la quasi totalité de l'article qui souligne l'aspect complètement hors sol du projet actuel.
    J'ajoute quelques arguments pour soutenir un point central à Radon :
    - Si la géologie est à valoriser, autant le faire pile à la jonction du Massif Armoricain et du Bassin Parisien avec la possibilité par un circuit pédestre en boucle de 2 km de faire ramasser des roches représentatives des deux entités : calcaires sédimentaires riches en fossiles du Marais, roches primaires en forêt (avec les plantes et les productions agricoles spécifiques qui s'y rapportent). Au sommet du belvédère pourrait être présenté le paysage de l'ère secondaire avec la montagne d'Ecouves surplombant la mer peu profonde du bassin parisien d'où émerge l'île de Perseigne, la plage passant justement dans le bourg de Radon !
    - Une des réussites touristiques récentes en forêt d'Ecouves est la station de Trail de Radon qui attire déjà de nombreux visiteurs avec un camp de base déjà reconnu. On pourrait s'appuyer dessus pour développer en parallèle le VTT sur des circuits bien distincts. Le VTT électrique permet maintenant d'abolir les côtes puisque Radon est dans un "trou". Une navette avec remorque pourrait aussi remonter les usagers sur la colline au dessus du champ de tir pour du VTT pour des descentes à différents niveaux de difficulté. Il serait possible de s'appuyer sur les deux clubs de Radon et de Vingt- Hanaps qui organisent déjà des sorties très populaires mais n'ont pas encore balisé de parcours accessibles à tout instant. Les amateurs de vélo plus ordinaire mais électrifié pourraient aussi profiter des nombreuses voies interdites aux voitures en forêt
    - Radon est aussi le siège d'un feu de la Saint Jean très populaire et accueille une surface de vente originale à portée au moins régionale à Avoise (matériaux anciens et imitation d'ancien). Si son propriétaire arrivait à terminer sa reconstitution de rue commerciale 1900, il pourrait être tout aussi attractif par exemple que la Biscuiterie du Cotentin à Sorstosville en Beaumont, avec le même concept : point de vente de produits locaux et de spécialités fines des autres régions.

    Inconvénient cependant du champ de tir de Radon : il est pollué au plomb ce qui suppose des mesures spécifiques mais certainement pas hors de portée.
    Ok aussi pour entretenir l'existant dont le parcours santé, pour baliser les points d'attraction, pour conforter les parcours cyclables entre Alençon et la forêt (actuellement rédibitoires, et la municipalité de Radon a pratiqué la chaise vide lors des dernières concertations pour un schéma cyclable à l'échelle de la CUA avec le cabinet VIZEA), et rêvons un peu, pour obtenir un arrêt de quelques trains à Radon ou à Vingt-Hanaps sur la ligne Caen/Tours.

© Nicolas Blanchard

Tous droits réservés, contacter l'auteur pour plus d'informations.